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Interview AEP

Interview avec Docteur Juliette BIAO, Directrice Afrique ONU Environnement , sur le Conseil des ministres africains sur l’environnement et de la sante a Libreville.

AEP : Pourquoi avoir attendu dix ans après la dernière concertation sur santé-environnement pour en organiser une autre conférence ?

Docteur Juliette BIAO : C’est vrai on a attendu longtemps (dix ans), mais il y a beaucoup d’évènement qui se sont passés entre temps. Les évènements qu’il faille aussi intégré dans le processus de la mise en œuvre du plan stratégique d’action pour s’assurer que la mise en œuvre est vraiment cohérente. Je dois rappeler en passant que les Objectifs du Développement Durable (ODD), l’agenda 2030, l’agenda  2063 de l’Afrique ont été adoptés pendant qu’on  était en train de mettre en œuvre le plan stratégique qui est ressorti de la conférence interministérielle sur la Santé et l’environnement. Il y a aussi des questions émergentes qu’il fallait prendre en compte. Donc, les dix ans c’est long, mais dix ans ce n’est pas aussi long, lorsqu’on sait que tout en agissant, on essayait aussi d’intégrer, au fur et à  mesure, les évènements importants tels que les objectifs du développement durable. Il fallait quand même s’assurer que ces agendas-là  englobent les actions qu’on mette en œuvre et qui fallait, au fur et à mesure, s’adapter et s’ajuster.

Quelles sont les actions et les enjeux de cette corrélation santé-environnement  qui peuvent  apparaitre comme priorité  dans le cadre de la tenue de cette conférence ?

Vous savez, quelle que soit l’action que vous voulez mettre en place et de façon durable, vous devez d’abord commencer par mettre la politique c’est-à-dire les bases. Et parlant de la déclaration de Libreville, elle est en elle-même est une déclaration politique qui fourni un cadre concerté, intégré pour la mise en œuvre cohérente où s’attaquer de façon cohérente aux interférences santé- environnement.  Ce qui est apparait prioritaire, c’est de pouvoir assurer le développement d’un plan d’action intersectoriel qui tienne en compte de cette déclaration politique au niveau des pays et de mettre en place  un comité interministériel qui permettrait de suivre ces actions.

Aujourd’hui, on peut, sans trop se féliciter ; dire qu’il y a eu des efforts qui ont été fournis dans ce domaine. A noter que, 69 % des pays ont déjà ce plan conjoint. Cependant, le problème se situe dans la mise en œuvre effective dudit plan interministériel. Parmi les contraintes, les ressources financières et à ce stade, les pays conviennent avec les partenaires de la nécessité d’intégrer les deux secteurs santé-environnement. Cependant, les allocations budgétaires au niveau des pays ne suivent pas cette même orientation. L’on constate que ce secteur est délaissé et continue d’être un parent pauvre.

Malheureusement, il n’y a vraiment pas une réelle intégration lorsqu’on parle de secteur environnement et santé et il ne nécessiterait pas une intégration d’après certains je crois car pour ces mêmes personnes, il semblerait qu’il n’u a que le secteur de l’énergie, transport qui nécessite une intégration. Parlant des transports,  ce secteur connait une expansion  dans un continent où le taux d’urbanisation est de plus en plus fort. Il y a aussi les secteurs du tourisme. En réalité, les secteurs de la santé et de l’environnement sont à même de rallier les autres secteurs puisque, en fin de compte, l’enjeu principal c’est la santé humaine et le bien-être.

Alors, comme priorité on à penser vraiment qu’il faille revoir encore comment peut-on stimuler encore beaucoup plus d’investissement public parce qu’il s’agit de la santé publique, les questions d’environnement. Les questions de santé sont d’ordre des droits humains. Donc, il y a une responsabilité des Etats qu’il faut vraiment renforcer. Mais, si les allocations budgétaires continuent à trainer les pas, rien de pourra avancer.

Il faudrait maintenant multiplier et intensifier les plaidoyers, surtout au niveau des parlementaires parce que les Assemblées nationales ont la responsabilité de voter des lois et ont la responsabilité du suivi de la mise en œuvre des actions du  gouvernement. Donc, si les parlementaires sont convaincus de l’importance de la chose, il n’y a de raison  pour  qu’on n’ait pas des allocations budgétaires conséquentes qui tiennent en compte cette nécessité d’intégrer les questions de l’environnement et de la santé.

il faut aussi retenir que les questions de l’innovation sont très importantes pour les lier aux mêmes décisions que les  mêmes ministres de l’environnement  ont pris lors de la conférence ministérielle africaine pour l’environnement à Libreville (Gabon) en 2016, au cours de laquelle un appel avait été lancé à tous les Etats d’aller vers des solutions novatrices pour pouvoir accélérer la mise en œuvre de l’agenda 2063 de l’Afrique. Ainsi, ça nous ramène à revoir  encore comment est-ce que les pays ont honoré leur engagement pris à Maputo en 2000 sur la nécessité d’allouer 1% du PIB sur la recherche scientifique et l’innovation. On se rend compte que les progrès faits dans ce sens sont encore très faibles.

Donc cette troisième conférence interministérielle sur la santé et l’environnement va certainement emmener encore les pays à réitérer leurs engagements et à les honorer. L’accent a été mis sur les questions des conventions internationales, des accords multilatéraux dans le secteur de l’environnement. Et la mise en œuvre efficace de ces accords multilatéraux dans le secteur de l’environnement qui vont permettre de mettre l’accent sur la prévention parce qu’il vaut mieux prévenir que guérir, ce qui a été mentionné dans toutes les décisions.

Si nous ratifions les accords multilatéraux sur l’environnement et que nous ne les mettons pas en œuvre, nous revenons toujours sur la case de départ. Ce cercle vicieux de l’environnement, dégrade le cadre de vie qui entraîne la pauvreté et les changements climatiques. Mais on se rend compte qu’on revient toujours à la case départ donc cette convention est très nécessaire et c’est en cela que l’ONU- environnement réitère encore son engagement à assister les pays dans la mise en œuvre de ces  accords multilatéraux dans le domaine de l’environnement.

Retenez que l’Assemblée des Nations-Unies sur l’environnement, en sa  deuxième session, avait choisi pour thème : «  environnement sain, population en bonne santé » et  la troisième Assemblée qui a suivi a eu pour thème « une planète sans pollution ». Toutes ces deux Assemblée ont mis l’accent sur les questions qui touchent la santé humaine. Et d’ailleurs,  le thème de la quatrième session, qui aura lieu en mars 2019,  ne s’éloigne pas de deux premières Assemblées. Le thème est « le thème est la solution innovatrice mode de consommation et production durable. » Une fois de plus, il s’agit-là des questions de santé, de l’environnement et de la promotion de l’économie circulaire. C’est aussi un moyen qui nous permettra d’aller dans le sens, à la fois, de prévenir, mais aussi de réparer déjà les dégâts que nous observons.

Les conventions portent les questions de concertation au niveau des Etats. Alors, il est à penser qu’au-delà de ces assises de Libreville, comment est-ce que les résultats issus de cette réunion pourra être intégré dans un futur, les processus dans les conventions pour que cette interaction santé environnement soit pris en compte dans tous ces processus ?

On parle aujourd’hui des secteurs de l’environnement et de la santé. Lorsqu’on veut vraiment discuter des questions d’intégration, mais en réalité de la mise en œuvre des accords multilatéraux, des axes prioritaires qui ressortent de cette troisième conférence interministérielle doivent  être intégré. Il y a pas des plans d’action qui n’intègrent pas les politiques nationales existantes et c’est ça  la valeur ajoutée que cette troisième conférence interministérielle va emmener. Cela va nous ramener,  renforcer encore notre conviction suivant laquelle. Et même si, nous pensons  au niveau global, mondial et régional, la vraie intégration se fera au niveau national.

Il faudra qu’on agisse localement et que toutes les parties prenantes, les départements ministériels  concernés doivent s’assoir ensemble pour mettre en place toutes les politiques nationales existantes  et on assurant leur intégration. Il n’est plus question maintenant qu’on aille en voie dispersée. La coordination intersectorielle est plus que jamais nécessaire. Je l’ai dit tantôt, l’enjeu ultime c’est le bien-être, c’est la santé humaine. Aux côtés de ces aspects, j’ajouterai que les investissements extérieurs sont nécessaires, les investissements du secteur privé sont nécessaires et pour cela il faudrait créer un environnement favorable pour que le secteur privé puisse être vraiment intéressé. Parce qu’il ne sert à rien de continuer de dire « on a besoin du secteur privé » alors qu’on ne prend pas des mesures favorables pour que ce secteur privé soit intéressé.

il y a une autre question très importante sur laquelle ces assises vont mettre vraiment l’accès : la question de l’intégration, de l’admission genre. Parlons de la prévention, elle doit être renforce et cela passe par l’éducation. Et tout le monde le sait que les femmes sont à même d’éduquer de façon efficace.  Si je me réfère encore à la citation du docteur James Andrew, l’éminent professeur de son époque,  je cite « si vous éduquez un homme vous éduquez un individu, si vous éduquez une femme, vous éduquez une communauté, vous éduquez une nation » fin de citation.

N’est-ce pas une promotion pro-genre ?

Ce n’est pas une promotion, plutôt de la vérité ! il suffit seulement de regarder  un peu de ce qui se passe dans votre unité familiale et vous vous rendriez à césar ce qui est  à césar,  vous rendriez  à Dieu ce qui est à Dieu. Et quand je parle des femmes, je ne parle pas seulement des femmes intellectuelles, mais surtout des femmes au niveau local parce que, lorsqu’on dit qu’on éduque la communauté ce n’est pas les femmes intellectuelles qui le font directement, c’est les femmes au niveau local et j’ai bien dit que tout doit se passer au niveau local.

Si nous voulons des actions efficaces,  si nous voulons rationnaliser l’utilisation des ressources, c’est bien au niveau local qu’il faille le faire. Les femmes ont leur rôle à  jouer, parce qu’elles sont vraiment de victimes des impacts des risques environnementaux sur la santé. Lorsqu’il s’agit des questions d’énergie, la pollution interne,  c’est les femmes qui endurent. Lorsque les femmes utilisent la biomasse, elles ont leur enfant,  leur bébé au dos. Lorsqu’elles font la cuisine pour le ménage, c’est les femmes et les enfants qui inhalent l’air pollué.

Sur les 600.000 personnes qui meurt prématurément en Afrique par an, la majorité sont les femmes et les enfants. Donc, il est hors de question de mettre les  femmes en dehors des décisions. Elles doivent faire partie des solutions si on veut vraiment des solutions durables.

Onu-environnement a réuni les ministres de l’environnement à Nairobi dans le cadre des concertations préparatoires aux différentes échéances annuelles des COP biodiversité et environnement. Quel bilan faites-vous de façon globale au terme de ces assises de Nairobi ?

En fait, les assises de Nairobi de septembre 2018 qui ont regroupé les ministres africains de l’environnement de 54 pays ainsi que leurs experts étaient vraiment spéciales. Nous appelons la conférence ministérielle africaine spéciale, tout simplement qu’elle était nécessaire de tenir ladite conférence avant la quatrième Assemblée des Nations-Unies, puisque cette conférence faisait partie, quand même, des assises qui devraient  contribuer aux discussions et aux résultats lors de la quatrième Assemblée ministérielle.

Si on devrait attendre la session ordinaire  de la conférence ministérielle africaine qui devait se tenir en juillet 2019, alors que la quatrième Assemblée des Nations-Unies a été déjà  planifié pour mars 2019. Donc, on l’a tenue anticipativement pour pouvoir préparer les éléments des discussions lors de la 4ème Assemblée. Cette conférence spéciale devrait aussi permettre d’examiner un peu les questions liées à la convention sur la diversité biologique ainsi que sur les changements climatiques étant donné que la 14ème Conférence des Parties à la diversité biologique doit se tenir  en Egypte au mois de novembre.

Dans quelques jours, les ministres vont se diriger vers Sharm El-Sheikh, ensuite à la 24ème session de la Conférence des Parties à la Convention Cadre des Nations-Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC-COP24) qui aura lieu en Pologne en décembre. Donc, il fallait trouver une plateforme pour que les ministres puissent élaborer leur  position commune. Je vais noter aussi en passant  la conférence que le Kenya est en train  d’organiser sur l’économie bleue, que ce soit la diversité biologique, les changements climatiques, il y a toujours un moyen de pouvoir assurer les interfaces santé-environnement à travers ces grandes initiatives.

Donc, la conférence spéciale des ministres de l’environnement qui s’est tenue à Nairobi était vraiment organisée dans ce cadre et le thème de la conférence spéciale était « Transformer les politiques environnementales en des actions concrètes à travers l’innovation. » Vous voyez, on revient encore sur la question de l’innovation comme on l’a discute ici.

Cette conférence spéciale s’est tenue avant la prochaine réunion de COP14 CBD et COP24. Quelle est la feuille de route justement  préparatoire de cette Assemblée ?

Justement, après les discussions qui ont eu lieu, la déclaration qui est sortie de ces assises spéciales à Nairobi a donné une clarté sur les résolutions que le groupe africain va préparer et présenter au niveau des assises de la quatrième session de l’Assemblée des Nations-Unies pour l’environnement. Il y a des projets de résolutions qui sont liés à la pollution de l’air, de l’eau et du sol.

Autant de thématiques qui s’intègrent parfaitement les interfaces  santé-environnement. Par ailleurs, par rapport aux changements climatiques, les pays africains ont pu former leur position commune pour dire, « nous allons à la COP 24 sur les changement climatiques mais,  il faudrait qu’on puisse aller en  rang serré afin de porter notre voix sur le non respects des promesses jamais honorées jusque-là sur les financements.  Sans ces financements, on ne peut vraiment pas s’attaquer à la question d’adaptation aux changements climatiques qui est la priorité pour l’Afrique. Enfin, toutes les thématiques se tiennent et au cœur de ces thématiques se trouve l’interface santé-environnement.

Raoul SIEMENI

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