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Interview AEP

Mme Patricia ESPINOSA, Secrétaire Exécutive de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC)

« L’Afrique est l’un des continents les plus vulnérables suite aux changements climatiques…C’est très encourageant de voir que les ministres africains, se rassemblent pour mettre en commun leurs idées… »

AEP : Les pays africains se préparent à trouver des positions communes sur les questions environnementales innovantes lors de cette réunion de la CMAE. Quel est votre point de vue et comment pensez-vous qu’ils puissent y arriver ?  

Mme Patricia ESPINOSA : Je suis très reconnaissante à l’endroit de ceux qui m’ont adressée cette invitation pour cette rencontre des ministres de l’environnement du continent qui se réunissent pour trouver ensemble des solutions face aux problèmes cruciaux vécus par leurs sociétés. Cela montre la détermination qu’ils ont à vouloir répondre aux préoccupations globales sur le continent afin qu’ils puissent prendre des mesures  ensemble visant à résoudre les multiples défis auxquels ils font face.  L’Afrique est l’un des continents les plus vulnérables dans le monde au regard de la lutte contre les changements climatiques et  nous avons vu partout les inondations, la désertification, les désastres qui minent notre continent et détruisent les modes de vie de plusieurs milliers de personnes. C’est très encourageant de voir que les ministres africains prennent l’initiative et se rassemblent pour mettre en commun leurs idées, utilisent leurs énergies et intérêts pour cette cause commune en préservant le meilleur pour leurs pays.

Dans ce processus de travail stratégique des négociations internationales, l’Afrique a d’énormes attentes dans le secteur de l’accès au financement afin de promouvoir son  développement et lutter contre les changements climatiques, comment pensez-vous qu’elle puisse y arriver ?

Il y a, en effet, de multiples engagements qui ont été pris au niveau international en vue de la lutter contre les changements climatiques. Certaines de ces initiatives de la communauté internationale dans le domaine des financements sont grandes, car nous disposons un fonds vert climat, et plusieurs pays développés s’y sont inscrits avec des engagements financiers à hauteur des milliards de dollars d’ici  2020. Le fonds vert climat a été adopté, plusieurs pays qui avaient fait des promesses de soutenir financièrement l’accord, l’ont fait. Cependant,  mettre en place un mécanisme multilatéral  n’est pas une chose aisée car il faut régler des aspects multiples et parfois peu visibles. Aussi, tous les pays doivent entreprendre des actions pour chercher des solutions à la grande question des financements.

L’Afrique est claire sur sa position selon laquelle les pays développés doivent contribuer de manière très significative aux actions et engagements pris. Les pays africains aussi reconnaissent qu’il y a un grand aspect des négociations internationales qui n’est pas très pris en compte, à savoir le secteur privé. Il est donc très important de créer un environnement favorable pour les investisseurs dans les secteurs indiqués ; et un cadre opérationnel effectif pouvant permettre de rendre effective les décisions prises dans le cadre de la lutte contre les changements climatiques.

Le futur du continent africain repose sur les jeunes et les femmes. Quelles actions sont nécessaires pour soutenir et encourager ces acteurs dans le contexte d’adaptation et plus dans le secteur énergie où les jeunes et les femmes réalisent plusieurs actions ?

Vous avez raison, le futur de l’Afrique dépend de sa jeunesse et de tous ces acteurs. Les femmes ont été au-devant de la scène ces dernières années en tant qu’agentes de développement et transformatrices de nos sociétés. Donc il est important de créer un meilleur cadre pour attirer les investisseurs et créer de l’emploi qui peut être effectif pour combattre les effets des changements climatiques.

Comment accélérer la mise en œuvre de l’accord de Paris et lui donner un caractère et des clauses contraignantes ?

L’accord de Paris est contraignant car il demandait que les pays signent et ratifient en engageant leurs pays. Cela dépend beaucoup du système légal national. La plupart des pays sont passés par leurs parlements avant de donner leurs réponses et la permission de ratifier cet accord. Je pense que vos inquiétudes se trouvent au niveau de la possibilité de donner à certains éléments de l’accord, un caractère répréhensif, par exemple des possibilités de sanctions, et nous devons aussi réfléchir à plusieurs options. L’accord de Paris est un exercice auquel les pays ont été confrontés  et pour lequel ils ont accepté de mettre de côté leur souveraineté,  parce qu’ils sont convaincus du bien-fondé de cette action mondiale, et celle qui va mieux servir les intérêts de leurs sociétés. Et cela leur donne une base pour prendre des décisions qui parfois sont difficiles à prendre au niveau interne aussi. Les pays à ce titre gagnent car ils obtiennent ainsi un bon plan de travail pour des résultats clairs et opérationnels.

Au regard de la décision du Président des Etats Unis de sortir de l’accord de Paris, quelles sont les prochaines étapes selon vous ?

Le premier commentaire, il a été bien stipulé dans l’accord de Paris qu’aucun pays ne peut se retirer avant 3 ans, donc 3 ans après l’entrée en vigueur de l’accord en décembre 2016. Donc, il va se passer beaucoup de temps avant que les procédures de retrait ne prennent effet.  Après ces trois ans, les pays doivent faire une demande formelle, au dépositaire  qui est le secrétariat d’UNFCCC à New York.  Et là dès que la notification est reçue, cela prendra encore un peu de temps avant qu’elle n’entre en application. Donc les Etats Unis sont encore un Etat partie à l’accord  et pour cela un dialogue va être engagé avec eux, afin de mieux comprendre leurs préoccupations.

L’autre commentaire, nous avons déjà 148 Etats membres, et tous ont présenté leur contribution nationale déterminée, les plans qu’ils veulent mettre en œuvre pour l’adaptation et l’atténuation aux changements climatique.  Donc,  je pense que cela démontre que l’accord de Paris a d’énormes soutiens et une bonne crédibilité, pas seulement au niveau des pays, mais aussi on a vu un grand enthousiasme de la part des villes, des municipalités, des régions, mais plus de la part du secteur privé, des autorités financières. Et j’ose penser que nous avons de bonnes raisons d’être optimistes. Avec le temps, les questions climatiques ont évolué, par exemple dans le secteur énergie, le coût de l’énergie a baissé, ce qui n’était pas envisageable il y a quelques années. J’espère que cette tendance va aller de l’avant et que nous pourrons délibérer et poser des actes que notre société a vraiment besoin.

Quel est le challenge que vous avez et que  souhaiteriez-vous voir être réussi à la fin de votre mandat ?

C’est de tout faire pour aboutir à un bon processus de consensus, sur les Contributions Nationales Déterminées (NDC) qui ont été présentés par les Etats ; et de plus ambitieux engagements, car comme vous le savez les NDC présentées ne nous permettront pas de réaliser les 1°c de réduction de GES. Donc nous devons revoir nos ambitions. Nous sommes tous mobilisés pour relever ce défi.

Propos recueillis par Raoul SIEMENI et Marie TAMOIFO

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