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Interview AEP

Monsieur Herve MAÏDOU, Coordonnateur du projet sous régional PREREDD

  AEP s’est entretenu avec Monsieur Herve MAÏDOU, Coordonnateur du projet sous régional PREREDD qui nous fait un bilan du niveau des réalisations de ce projet en Afrique centrale.

 

AEP : Quel point pouvez-vous nous faire en termes d’évaluation sur la mise en œuvre du projet PREREDD ?

Hervé Maïdou : PREREDD+ est un diminutif attribué au projet de renforcement des capacités en matière de REDD+ pour la gestion durable des forêts du Bassin du Congo. Il est financé par le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM/GEF) pour 13 millions de dollars américain et exécuté par la Banque Mondiale pour le compte de la Commission des Forêts d’Afrique Centrale (COMIFAC). Ce projet lancé en 2011 et a été effectivement mise en œuvre en 2012 avec le recrutement de toute l’équipe de gestion du projet. Il a été créé par la volonté des pays forestiers de l’espace COMIFAC en réponse aux préoccupations des indemnisations des pays en développement pour ralentir le déboisement et réduire ainsi les émissions de carbone dans l’atmosphère.

Le PREREDD a pour objectif principal de renforcer les capacités des pays du Bassin du Congo sur les questions liées au REDD+ et sur les mesures des stocks de carbone forestier.

Ce projet a une structuration en trois composantes : (i) une amélioration sur les connaissances et de la coordination du REDD+ dans le bassin du Congo ; (ii) un renforcement des capacités techniques de mesure et de suivi des stocks de carbone dans les forêts du bassin du Congo et ; (iii) une intégration du concept REDD dans les projets de gestion durable des forêts.

Nous sommes à la 4e année de mise en œuvre de ce projet et je dirai que le taux de décaissement des fonds du projet a atteint 77% contre 67% des réalisations techniques à ce jour. Un des points pertinents du projet est que nous avons réussi à fédérer au sein de la COMIFAC l’accompagnement du groupe de travail climat. Cet accompagnement est fait avec les autres partenaires techniques et financiers de la COMIFAC et nous nous réjouissons du fait qu’il y a eu plus de sept soumissions concernant les exigences du secrétariat de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC). Quelques années plutôt, les pays négociaient de manière bilatérale mais avec l’avènement de ce projet REDD+, nous avons réussi à fédérer ces différentes négociations qui se sont faites de manière concertée et on sent un réel engouement des différents pays autour de cette idée qui est supervisée par la COMIFAC.

Le PREREDD développe également un partenariat public-privé-recherche avec les exploitants forestiers, les instituts de recherche et universités au niveau national, en vue de l’établissement des équations allométriques pour l’estimation de biomasse et la quantification de carbone de nos différentes forêts. Pour cette activité, nous avons travaillé sur les six pays et nous détenons actuellement les résultats du Gabon et du Cameroun qui ont finalisé la collecte des données sur le terrain et qui sont en phase d’établissement de leurs équations allométriques. Concernant les autres pays, nous sommes très bien avancés, la République centrafricaine va bientôt finaliser sa collecte des données suivie de  la République de Guinée Equatoriale et le Congo. La République démocratique du Congo quant à elle a démarré en retard, mais la qualité des données produites à ce jour nous rassure par rapport au délai initialement prévu pour la fin des campagnes de terrain et de l’établissement de ces équations.

Le projet a également développé des registres pour les projets et initiatives REDD+ de la sous-région et a formé environ une soixantaine d’experts en montage et développement des projets REDD+. Le projet a également appuyé trois doctorants travaillant sur des thématiques spécifiques d’estimation de biomasse pour la finalisation de leurs thèses.

De manière globale, je peux dire que la mise en œuvre de ce projet avance très bien et s’aligne parfaitement avec le plan de convergence de COMIFAC par rapport à l’axe stratégique 4 « Lutte contre les effets du changement climatique et la désertification ».

Quels sont les six pays engagés dans la REDD+ et quelle évaluation faites-vous du niveau de mise en œuvre et d’exécution au niveau sous régional ?

Presque tous les pays de l’espace COMIFAC sont engagés d’une manière ou d’une autre dans la REDD+. Mais le PREREDD concerne essentiellement les six (6) pays à fort couvert forestiers que sont le Cameroun, le Congo, le Gabon, la République Centrafricaine, la République Démocratique du Congo et la République de Guinée Equatoriale.

Les pays ont des rythmes variables mais ils évoluent tous dans la même direction. Certains pays sont très bien avancés. Tout cela dépend du niveau de mise en œuvre des politiques forestières et environnementales au niveau de  chaque pays et aussi de l’importance du secteur forestier et environnemental dans chaque pays. Il y a des pays qui se démarquent très rapidement en fonction des différentes priorités nationales. De manière globale, excepté le Gabon qui avait adopté une autre approche spécifique dans le cadre de ce projet, la RDC, le Cameroun  et le Congo sont les pays qui sont les plus avancés. Le projet utilise les leçons apprises des différents pays afin qu’elles servent d’exemples pour les autres pays en termes d’économie d’échelle et d’envergure.

Vous accompagnez depuis plusieurs années les pays de la sous-région à prendre part aux négociations sur le climat. Que pouvez-vous présenter comme réalisations de cet appui ?

Il faut dire que la contribution de la sous-région pour l’accord de Paris sur le climat a été un succès à cause d’un accompagnement efficient du Groupe de travail Climat et des négociateurs de la sous-région par le PREREDD et de quelques partenaires techniques et financiers de la COMIFAC. Ce projet avait pour objectif une participation inclusive de toutes les parties prenantes pour les négociations sur le climat. A chaque fois le projet mobilise des experts qualifiés pour l’accompagnement des négociateurs mais un accent a été mis beaucoup plus sur le développement des capacités internes de ces experts.

Il y a eu également l’accompagnement de la société civile à travers les différents appuis que nous avons réalisés. J’ai mis l’accent sur l’accord de Paris car il y avait des aspects plus importants pour la sous-région, notamment les bénéfices non-carbonés, les questions liées à REDD+ qui n’étaient pas dans les enjeux de négociations. Finalement,  pour la sous-région Afrique centrale c’était un point d’achoppement important avec les différentes soumissions, les discussions,  les coalitions qui ont été faites avec la région Afrique de manière globale. Ces aspects ont été finalement intégrés dans l’accord de Paris, je pense que c’est un succès.

En termes d’éléments positifs, je ne pourrai pas citer en détails toutes les soumissions mais il faut retenir que les points de vue des différentes parties prenantes, notamment la Conférence des Ecosystèmes des Forêts Denses et Humides d’Afrique Centrale (CEFDHAC) et ses réseaux,  des parlementaires (REPAR), des peuples autochtones (REPALEAC), des jeunes (REJEFAC) et les femmes (REFADD) avaient été consolidés dans la soumission globale de la COMIFAC qui a permis la prise en compte des questions REDD+ et des bénéfices non carbonés dans l’accord de Paris.

Parlant de la société civile, comment pouvons-nous apprécier les actions que la coordination du projet a pu accompagner au niveau sous régional ?

En plus des différentes contributions ci-dessus énoncées, il y a eu un appui à la restructuration de la CEFDHAC et ses organes par rapport à leur légitimation. Il se trouve que les mandats des membres des organes de cette plateforme de concertation multi acteurs de la sous-région ont été dépassés depuis un certain temps et que le renouvellement de ces mandats n’a pu se faire  par manque de financement. Cette situation fait que sa légitimité est mise en cause lors des participations aux différentes réunions et débats dans la sous-région et au niveau international. Le projet a apporté sa modeste contribution pour le renouvellement des différents mandats en vue de la légitimation des membres et d’assurer ainsi une crédibilité vis-à-vis de ses partenaires techniques et financiers.

En dehors de l’appui direct à la CEFDHAC, nous avons accompagné la création d’une plate-forme sous régionale REDD+ et changement climatique. Certains pays disposant de leur document de préparation à la REDD+ (R-PP) et de leurs stratégies nationales REDD+ ont créé un partenariat de collaboration avec les plateformes nationales des Organisations de la Société Civile  de leur pays pour la mise en œuvre de leurs stratégies nationales.

Des expériences acquises dans le cadre de mise en œuvre de ces stratégies nationales, les différentes plates-formes nationales ont décidé de pouvoir se fédérer autour d’un réseautage afin de partager leurs différentes expériences et leçons apprises. Elles ont finalement réussi à le faire avec l’appui du PREREDD par la création d’une plate-forme régionale qui s’occupe des questions REDD et changement climatique dans la sous-région.

Le projet PREREDD tire à son terme, comment évaluez-vous le besoin formulé par ces pays de la COMIFAC qui ne se sont pas sentis  bénéficiaires de ce projet et qui ont pourtant formulés plusieurs demandes notamment dans le cadre de l’adaptation afin que leurs besoins aussi soient  pris en compte dans ce type d’initiative ?

Le PREREDD avait été créé dans le cadre de la phase 1 de REDD,  connaissance sur le processus REDD et axé beaucoup plus sur l’atténuation. Il se trouve que tous les pays de l’espace COMIFAC ne sont pas forcément concernés par l’atténuation et que certains pays ont beaucoup plus des problèmes d’adaptation que d’atténuation. Les autres pays de l’espace COMIFAC ont effectivement exprimé ce besoin. C’est pourquoi, la COMIFAC confrontée à cette problématique essaie de réunir les moyens en vue trouver une réponse aux préoccupations de ces pays qui n’étaient pas impliqués dans la première phase de ce projet. La COMIFAC vise en ce moment le développement de quelques projets structurants dont un projet de gestion durable un peu plus global qui s’occuperait bien des questions d’adaptation et d’atténuation. Donc, les préoccupations soulevées par ces pays à faible couvert forestier notamment le Burundi, le Rwanda, Sao Tome et Principe et le Tchad, seront prises en compte dans le prochain projet qui sera développé par la COMIFAC.

Au-delà des questions de gestion des ressources naturelles, les pays de l’espace COMIFAC sont également confrontés à des problèmes de mobilisation et de levée des fonds. L’une des perspectives de la COMIFAC est également de réfléchir sur les opportunités de renforcement de capacité en matière de mobilisation des fonds pour les finances climat et le PREREDD est mis à contribution pour le développement de ces futurs projets.

 

Propos recueillis par Raoul SIEMENI

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