
Alors que les rapports du GIEC se font chaque année plus alarmants, une fracture invisible mais profonde continue de paralyser les négociations internationales. D’un côté, l’urgence climatique impose une réduction drastique et immédiate des émissions mondiales.
De l’autre, le droit au développement revendiqué par les pays émergents et en développement, qui refusent de voir leur croissance sacrifiée sur l’autel d’une crise dont ils ne sont historiquement pas les auteurs.
Un héritage de carbone, une dette de justice
Le cœur du dilemme repose sur une vérité historique simple : l’Occident a bâti sa prospérité sur deux siècles de charbon et de pétrole. Aujourd’hui, lorsqu’on demande à des nations comme l’Inde, l’Indonésie ou la République démocratique du Congo de sauter l’étape des énergies fossiles pour passer directement au vert, le message passe mal.
« On nous demande d’éteindre la lumière alors que nous n’avons pas encore fini de construire la maison », résumait un diplomate africain lors de la clôture de la COP30 à Belém.
Pour ces pays, le développement n’est pas un luxe, mais une question de survie : accès à l’électricité, industrialisation, santé et éducation. Limiter leur consommation énergétique sans compensation massive reviendrait, selon eux, à un « colonialisme vert ».
L’impasse du financement
Le nœud gordien reste le financement. Si les technologies propres (solaire, éolien, hydrogène vert) existent, leur coût d’installation initial est colossal pour des économies déjà fragilisées par la dette.
[Image du mécanisme de financement climatique entre pays développés et pays en développement]
Les promesses de 100 milliards de dollars par an, longtemps restées lettre morte, sont désormais jugées dérisoires. Les experts estiment qu’il faudrait désormais compter en milliers de milliards pour permettre aux pays du Sud de mener de front leur transition énergétique et leur lutte contre la pauvreté. Sans ce transfert de richesse et de technologie, le droit au développement et l’urgence climatique resteront deux forces opposées.
Vers une « Troisième Voie » ?
Pourtant, des solutions émergent. Le concept de « Transition Juste » tente de réconcilier les deux impératifs. Il ne s’agit plus de choisir entre le climat et le pain, mais de financer des modèles de croissance où l’écologie devient le moteur de l’emploi et de la résilience.
C’est notamment le pari de certains pays comme le Kenya, qui mise massivement sur la géothermie pour alimenter son industrie, prouvant qu’un développement bas-carbone est possible si les investissements suivent.
Un choix de civilisation
En conclusion, le dilemme n’est pas technique, il est politique. Si le Nord ne garantit pas au Sud un droit effectif à la prospérité, le Sud n’aura d’autre choix que de suivre le chemin carboné des anciens empires. À l’inverse, si l’urgence climatique n’est pas traitée, les gains de développement des pays pauvres seront les premiers balayés par les catastrophes naturelles.
Le temps de la confrontation doit laisser place à une solidarité contractuelle. Car dans cette course contre la montre, soit nous franchirons la ligne d’arrivée ensemble, soit nous échouerons séparément.
Wilfrid Lawilla DIANKABAKANA






