
Le dernier jour d’un sommet n’est jamais anodin.
Il ne cherche plus à impressionner.
Il révèle.
Après un premier jour intense, presque purificateur, le Mining Indaba 2026 s’est achevé dans une atmosphère différente: plus grave, plus lucide, presque introspective. Comme si l’Afrique minière, rassemblée à Cape Town, avait décidé de se regarder sans détour.
Mais cette année, quelque chose était différent.
Au cœur de cette lucidité, il y avait une présence impossible à ignorer:
la jeunesse.
Une jeunesse qui ne demande plus la permission
Plus de 600 jeunes professionnels et étudiants ont participé au Young Professionals Programme, en collaboration avec Wits University. Ils n’étaient pas là pour observer. Ils étaient là pour contribuer.
Et leur message était clair:
l’avenir minier de l’Afrique ne peut plus se construire sans eux.
La vice-ministre sud-africaine des Ressources minérales et pétrolières, Phumzile Mgcina, l’a rappelé avec force:
« N’attendez pas le futur; agissez maintenant. Le temps de l’audace, c’est maintenant. »
Les initiatives publiques existent – NSFAS finance désormais un million d’étudiants, le Junior Miners Exploration Fund totalise 2 milliards de rands en engagements – mais le financement seul ne suffira pas.
Ce que ce dernier jour a démontré, c’est que la jeunesse africaine ne veut plus être considérée comme une promesse.
Elle est déjà une force active.
Des pays qui parlent désormais de trajectoires, pas seulement de potentiel

Les panels de clôture ont dessiné une Afrique plus consciente d’elle-même.
La Zambie, stratégique dans la transition énergétique mondiale, a insisté sur un cuivre extrait avec responsabilité, en pensant aux générations futures.
La Guinée a mis l’accent sur le contenu local et la transformation nationale, reliant exploitation minière, emplois qualifiés et développement communautaire.
La République démocratique du Congo a plaidé pour des partenariats plus équilibrés, fondés sur la souveraineté économique.
La Côte d’Ivoire a démontré une approche méthodique: diversification, transparence et intégration du secteur dans une vision durable plus large.
Le Ghana a rappelé que la formalisation de l’exploitation artisanale est aussi une question de justice sociale.
Le Botswana et la Namibie ont illustré la force de la stabilité institutionnelle et de la planification à long terme.
L’Afrique du Sud, pays hôte, a assumé une posture introspective: moderniser un secteur historique tout en réparant les fractures du passé.
Ces pays ne rivalisaient pas.
Ils racontaient des chemins africains multiples, mais profondément liés.
Une industrie qui se digitalise – et qui doit former

Les jeunes intervenants ont insisté sur un point stratégique:
la mine de demain sera numérique.
Capteurs, machines intelligentes, automatisation – les données affluent. Mais sans compétences adaptées, elles restent inexploitées.
Former aux outils digitaux, à la data, à l’intelligence artificielle n’est plus une option.
C’est une condition de survie.
Sécurité, dignité et responsabilité
Un moment fort de cette clôture fut l’appel à élargir la notion de sécurité.
La sécurité ne peut plus se limiter aux accidents physiques.
Elle doit inclure la protection contre les violences basées sur le genre et le harcèlement.
Une industrie qui veut être durable ne peut ignorer la dignité humaine.
Car une mine sûre n’est pas seulement celle où l’on ne se blesse pas.
C’est celle où l’on ne vit pas dans la peur.
L’Afrique ne veut plus extraire sans expliquer

Dans les discussions, formelles et informelles, une idée revenait avec insistance:
L’Afrique ne veut plus seulement être riche en ressources.
Elle veut être riche en décisions.
Les questions de transition énergétique, de partage équitable des bénéfices, de respect des communautés et de santé mentale des travailleurs ne sont plus périphériques.
Elles sont devenues centrales.
La jeunesse l’a exprimé avec maturité:
la performance économique ne peut plus être dissociée du bien-être humain.
Ce que révèle un dernier jour
Un sommet ne change pas le monde.
Mais il révèle une direction.
Le Mining Indaba 2026 aura montré une Afrique plus exigeante, plus stratégique, plus consciente de ses responsabilités historiques.
Le premier jour a exposé les tensions.
Le dernier jour laisse une responsabilité.
Et cette responsabilité repose désormais sur une génération qui refuse l’attente.
Comme l’a dit Mzila Mthenjane :
« Ne pleure pas, mon Afrique bien-aimée. Ta jeunesse ne se contente pas d’espérer ; elle crée l’espoir. »
Message à la jeunesse africaine
À vous, jeunes Africains et Africaines:
Si vous êtes ingénieurs, juristes, économistes, data scientists, experts en environnement, communicateurs ou entrepreneurs – il y a une place pour vous.
Le secteur minier ne cherche plus seulement des bras.
Il cherche des esprits.
Le travail commence après les applaudissements.
Il commence dans le silence qui suit les discours.
Ce dernier jour n’était pas une fin.
C’était un passage de relais.
L’Afrique minière s’est regardée en face.
Et ce qu’elle a vu, c’est sa jeunesse.
Prête.
Cape Town – par Mariama Diallo Baldé





