
Mulungu, Territoire de Kabare – Face aux caprices d’un climat de plus en plus imprévisible, la recherche agronomique en République Démocratique du Congo franchit une étape décisive. À l’Est du pays, l’Institut National pour l’Étude et la Recherche Agronomiques (INERA) Mulungu, en synergie avec le CIAT et le programme PABRA Académie, développe des stratégies de culture climato-intelligente pour sécuriser l’avenir du haricot, base de l’alimentation régionale.
Une science de précision sous serre
Au cœur de cette innovation se trouve l’Ingénieur Agronome Bahati Bujingo, chercheur à l’antenne du Programme National des Légumineuses (PNL). Bénéficiaire d’une bourse de troisième cycle via PABRA Académie. Un projet soutenant la recherche sur les cultures bio-fortifiées en Afrique. Il a mis en place un dispositif expérimental de pointe.

Pour s’affranchir des aléas météorologiques, M. Bujingo a installé des champs expérimentaux sous une serre métallique protectrice. Dans ce milieu contrôlé, chaque paramètre est scruté. « Ici, nous gérons l’influence de la pluie et du soleil pour évaluer la résilience des cultures », explique le chercheur. La culture s’effectue dans des bassins remplis de sol stérilisé, permettant d’étudier avec précision les effets du stress hydrique (sécheresse ou inondation) à différents stades de développement de la plante.
Quatre piliers pour une semence d’élite
L’étude, qui s’est étalée sur trois mois, ne se contente pas d’analyser la croissance.
Elle repose sur quatre axes d’évaluation rigoureux :
- La résilience hydrique, comment la plante survit-elle aux chocs climatiques ?
- La valeur nutritionnelle, mesure de la teneur en fer et en zinc, essentiels contre l’anémie.
- La sécurité sanitaire, analyse de la concentration en anti-nutriments.
- L’efficacité énergétique, un critère inédit est étudié : la réduction du temps de cuisson. En créant des variétés qui cuisent plus vite, la recherche vise à économiser le bois et le charbon, luttant ainsi indirectement contre la déforestation.
Des résultats prometteurs pour la sécurité alimentaire
Quatre variétés bio-fortifiées ont été passées au crible : CODM/B001, CODMLB001, CODMLB449 et HM21-7. Ce mercredi 1er avril 2026, l’heure était à la récolte. Chaque gousse et chaque grain ont été pesés et comptabilisés pour déterminer la biomasse et le rendement final.
« La finalité est de vulgariser des variétés capables de booster les revenus des ménages et de stabiliser la sécurité alimentaire », souligne Bahati Bujingo.

La prochaine étape cruciale se déroulera dans des laboratoires modernes en Ouganda. Les résultats y seront validés devant les experts du CIAT et de PABRA Académie avant une phase de multiplication à grande échelle.
Reconnu comme le « grenier culturel » du haricot en RDC, le centre de Mulungu confirme une fois de plus son rôle de leader. Pour les agriculteurs du Sud-Kivu, cette recherche est une promesse d’accès à des semences de qualité supérieure, capables de prospérer là où les cultures traditionnelles pourraient échouer. À l’heure du réchauffement global, la science apporte ici une réponse concrète, locale et durable.
René BAGALWA à Bukava (RDC)






