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Environnement

Dans un contexte de crise climatique, les efforts pour consolider la paix en Afrique doivent être centrés sur les personnes, plaide l’ONU

Lors d’un débat du Conseil de sécurité sur le climat et la sécurité en Afrique, ce mercredi, une haute responsable onusienne a prôné de nouveaux efforts de collecte de données sur les liens entre climat et conflits, une implication plus grande des populations locales et une meilleure coopération régionale pour prévenir les conflits.

Martha Pobee a rappelé que le changement climatique érode la sécurité alimentaire et accroît les rivalités pour les ressources sur ce continent.

Le débat était organisé par la Présidence du Conseil, occupée en octobre par le Gabon. Le ministre gabonais des Affaires étrangères, Michaël Moussa Adamo, a présidé cette réunion.

« L’urgence climatique est un danger pour la paix », a déclaré Martha Pobee, Sous-Secrétaire générale pour l’Afrique au Département des affaires politiques des Nations Unies. Bien qu’il n’y ait pas de lien direct entre le changement climatique et les conflits, ce changement climatique exacerbe les risques existants et en crée de nouveaux.

Une COP27 africaine, centrée sur ce continent.

« L’Afrique, le continent qui émet le moins de gaz à effet de serre, voit ses températures augmenter plus vite que la moyenne mondiale et se trouve en première ligne de la crise actuelle », a-t-elle rappelé.

De Dakar à Djibouti, la désertification et la dégradation des terres attisent la concurrence pour les ressources et érodent les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire de millions de personnes. Dans la Corne de l’Afrique, une sécheresse dévastatrice oblige les familles à quitter leurs foyers, tandis qu’au Sahel, « les extrémistes violents savent exploiter habilement les conflits pour les ressources ».

Pour aider le continent africain à faire face à l’impact du changement climatique sur la paix et la sécurité, on ne peut pas ignorer la situation et il faut engager une action climatique ambitieuse tout en accélérant la mise en œuvre de l’Accord de Paris sur le climat, a-t-elle préconisé, réitérant son souhait, que la COP27 qui se tiendra à Charm el-Cheikh en novembre débouche sur des engagements significatifs de la part des plus grands émetteurs de gaz à effet de serre.

« Nous ne pouvons espérer atteindre une paix durable sans atteindre nos objectifs climatiques », a souligné Martha Pobee.

Assembler des données et intégrer le facteur climat dans la prévention des conflits

Selon elle, cette dynamique exige d’abord d’accroître la capacité d’analyse des risques et d’intégrer le prisme climatique dans les actions de prévention des conflits, de rétablissement et de consolidation de la paix. Un travail qui nécessite la collecte de données plus nombreuses et de meilleure qualité et de nouveaux outils élaborés avec l’aide de partenaires permettant de mieux comprendre les projections et les tendances climatiques, et de renforcer les capacités d’analyse et d’alerte précoce.

En Afrique centrale, par exemple, l’ONU et ses conseillers travaillent à la mise au point d’un tableau de bord alimenté par satellite, source de nouvelles informations sur la disponibilité de l’eau, qui permet aux missions sur le terrain de mieux comprendre les corrélations entre la transhumance, le changement climatique et les conflits.

Une optique régionale, meilleure que la seule approche nationale

La Sous-Secrétaire générale a ajouté que l’analyse des problèmes, et les actions qui en découlent, doivent être d’avantage axés sur les régions, car le changement climatique ignore les frontières, et ses implications pour la paix et la sécurité sont plus aigües dans les zones transfrontalières, marquées par le partage des ressources ou la mobilité des populations.

Or, aujourd’hui, les efforts de consolidation de la paix sont trop souvent axés sur un seul pays et ne reflètent pas cette dimension régionale.

Ainsi, en Afrique centrale, le bureau régional de l’ONU, l’UNOCA, a recommandé au début de l’année une collaboration et un partenariat systématique sur la sécurité climatique au niveau sous-régional, assorti d’un cadre de gouvernance qui institutionnalise les réponses et les interventions conjointes dans cette zone géographique.

De même, le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel travaille avec la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) sur les bonnes pratiques climatiques pour prévenir les conflits entre éleveurs et agriculteurs dans toute la région, notamment par le biais d’une réforme foncière et d’une meilleure communication publique.

Apprendre de ceux qui vivent au quotidien le changement climatique

Martha Pobee a aussi souligné que les efforts pour instaurer la paix et la sécurité doivent être centrés sur les personnes. « Nous devons apprendre de ceux qui vivent quotidiennement les conséquences du changement climatique et tirer parti de leur expertise pour développer des mesures efficaces d’atténuation et d’adaptation », a-t-elle proposé, soulignant le rôle capital des femmes « particulièrement vulnérables aux effets du changement climatique, mais aussi agents essentiels de modification des comportements ».

Leurs connaissances uniques peuvent, selon elle, aider à réduire les tensions et à renforcer la cohésion sociale, contribuant à une paix plus durable. C’est pourquoi, au Niger, le Fonds pour la consolidation de la paix a soutenu des commissions foncières animées par des médiatrices qui ont réussi à résoudre des conflits communautaires liés à l’utilisation des terres et à la gestion des ressources naturelles.

L’action climatique et la consolidation de la paix se renforcent mutuellement

Enfin, la Sous-Secrétaire générale a rappelé qu’il faut saisir les occasions pour permettre à l’action climatique et à la consolidation de la paix de se renforcer mutuellement, car « elles ont pour objectifs communs de bâtir des sociétés résilientes, justes et inclusives ».

Dans ce but, le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel renforce sa capacité à conseiller les partenaires sur les stratégies d’atténuation et d’adaptation au changement climatique, afin que les investissements atteignent en priorité les plus vulnérables et ceux qui sont affectés par les conflits.

Le Fonds pour la consolidation de la paix, lui aussi, adopte de plus en plus une optique climatique, illustrée depuis 2017 par ses 85 millions de dollars d’investissements dans 40 projets liés au climat.

Des partenariats multiples y compris à l’intérieur du système onusien.

Martha Pobee a reconnu les bienfaits des partenariat multidimensionnels qui associent le travail de l’ONU, des organisations régionales, des Etats membres, des institutions financières internationales ainsi que la société civile, le secteur privé et les chercheurs locaux ou internationaux.

Au sein même de l’ONU, a été créé le Mécanisme de sécurité climatique, une initiative conjointe entre le Département des opérations de maintien de la paix, le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) qui vise à aborder plus systématiquement les risques pour le climat, pour la paix et la sécurité.

« Notre réponse, aujourd’hui, n’est pas à la hauteur du défi auquel nous sommes confrontés », a-t-elle regretté, en appelant les Etats membres à tenir leurs engagements de collaboration internationale, guidés par les pays et régions les plus touchés par le changement climatique et par le leadership essentiel du continent africain.

https://news.un.org/

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