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Interview AEP

S.E Josefa Leonel CORREIA SACKO , Commissaire de l’Economie Rurale et Agriculture à la Commission de l’Union Africaine

AEP a saisi l’occasion de la tenue de la conférence des ministres d’Afrique centrale sur l’éco-sécurité pour échanger avec S.E Josefa Leonel CORREIA SACKO , Commissaire de l’Economie Rurale et Agriculture à la Commission de l’Union Africaine sur le regard et l’intérêt que porte de l’UA sur les grandes questions inhérentes à la conservation et à l’Agriculture .

 

AEP: Quelle est la politique  de l’Union Africaine dans la conservation de la nature?

 S.E Josefa Leonel CORREIA : Merci de m’avoir invitée pour parler de cette importante thématique pour l’Afrique surtout l’Afrique centrale car nous avons le bassin du Congo qui est le deuxième bassin au monde. Donc il est important qu’on conserve ce bassin et son écosystème. Au niveau de l’UA, nous avons notre agenda 2063 dont l’aspiration première est la préservation de la nature pour un développement durable. Pour cela, nous avons déjà mis en place une stratégie continentale pour la conservation de la nature. Nous avons eu la réunion de Brazzaville en 2015 où les Chefs d’Etats ont décidé que nous devons passer à la phase de mise en œuvre de la décision de la conservation de la nature.

L’UA émet-elle des résolutions qui doivent être appliquées à l’intérieur des frontières de chaque Etat ?

Au niveau de mon département, 70% des résolutions, des décisions et déclarations des Chefs d’Etats sont mises en place. Nous avons par exemple notre programme phare qui est le programme CADEP qui émane de CADEP et de la déclaration de Malabo. Ce programme est prêt pour sa mise en œuvre. Certes, il est vrai que parfois la question de la mise en œuvre est causée par le problème de mobilisation des ressources, mais je pense qu’on est en train de sensibiliser nos Chefs d’Etats au niveau du continent pour s’approprier de notre décision. Parce que, les instruments sont mis en place mais le problème réside au niveau du manque de financement.

Peut-ont dire que le problème réside au niveau de la mobilisation des finances et des ressources humaines?

Je dirai que lorsqu’on parle de la mobilisation des ressources humaines, nous pouvons dire que l’Afrique a un potentiel humain et des compétences. Mais, il suffit seulement de bien sélectionner les cadres à mettre en place pour les instruments que nous avons. Cependant, le véritable problème c’est le financement, il faut que l’Afrique s’approprie ses propres programmes et c’est à partir de là que nous aurons cet agenda de l’Afrique que nous voulons parce que c’est nous-mêmes qui avons élaboré notre agenda.

Pour parvenir à cet « Agenda 2063, l’Afrique que nous voulons », que peut être le rôle des populations locales ?

Lorsqu’on regarde les sept piliers de l’Agenda 2063, il y a l’inclusion car nous voulons un développement inclusif. Donc, nous travaillons aussi avec la société civile et le secteur privé et nous sommes en train de mettre en place des politiques pour pouvoir impliquer directement le secteur privé et la société civile dans les efforts de cet agenda que nous voulons d’ici 50 ans.

Ne pensez-vous pas qu’il y a urgence dans la mesure où les ressources diminuent et la population augmente et l’on sait que la majeure partie des populations africaines vivent en milieu rural et dépendent fortement des ressources naturelles ?

C’est vrai que les enjeux sont de tailles car nous avons une croissance démographique exceptionnelle par rapport à d’autres parties de la planète. Mais nous travaillons dessus car quand on essaie d’améliorer une composante de notre agenda, on se heurte avec une autre. Aujourd’hui, nous avons le problème de la famine dans la corne de l’Afrique qui est un défi dû à la sécheresse. Au même moment, nous avons l’invasion des chenilles légionnaires qui constitue un autre problème. Mais ensemble, nous voulons travailler pour l’harmonisation de nos politiques au niveau continental, régional et national afin de dépasser ces défis. Et je pense qu’avec la décision du continent africain de travailler ensemble et de parler d’une seule voix, nous allons atteindre nos objectifs.

J’entends par harmonisation,  des défis auxquels un seul Etat ne peut pas faire face, il faut mettre les moyens en commun et réfléchir ensemble. Qu’en pensez-vous ?

Voilà le sens de l’UA et des communautés économiques régionales et les Etats membres. Nous devons travailler ensemble pour harmoniser les politiques. Les idées sont de tailles, mais nous avons un « hotmap » qui peut nous guider à travailler ensemble et chercher des solutions et partager les expériences. Par exemple, pendant que l’Afrique centrale subit les problèmes de braconnage, l’Afrique de l’est est plus avancée comme le Kenya, l’Afrique du Sud et ces plateformes sont importantes pour l’échange d’expériences et apprendre de bonnes leçons et exemples qui sont dans notre continent.

Est-ce cela qui explique la rencontre de N’Djaména ?

L’UA est là pour chapoter toutes ces initiatives car ce sont des décisions de nos Chefs d’Etats ; et la réunion ministérielle à laquelle nous prenons part à N’Djamena, c’est pour la mise en place de la décision des Chefs d’Etats au niveau de la CEEAC. Nous avons eu les décisions à Brazzaville en 2015 et aujourd’hui la CEEAC avance avec la mise en œuvre de ces décisions. C’est pour dire que nous suivons normalement la mise en œuvre de toutes ces décisions.

Si nous comprenons bien, il y a d’abord eu une hiérarchie du haut niveau à Brazzaville constituée des Chefs d’Etats, ensuite les ministres ici à N’Djamena pour harmoniser et au final il y aura un document final au niveau départemental de chaque Etat où il y aura la mise en œuvre ?

C’est d’une façon coordonnée que l’on prend en charge les décisions de nos Chefs d’Etats. On commence  au niveau continental, ensuite au niveau sous régional(CEEAC), enfin national. Tel est, normalement, le schéma que nous suivons pour la mise en œuvre des décisions de nos Chefs d’Etats.

La vision de l’UA est de consolider le climat et l’agriculture avec les impacts sur les questions d’adaptation. Comment appréhende-t-on ces questions au niveau de l’UA ?

L’UA a participé activement dans la mise en place de l’accord de Paris qui prévoit l’adaptation et l’atténuation. Donc, nous travaillons avec l’organisation des Nations Unies pour l’environnement pour la mise en œuvre de toutes ces décisions ; car nous voulons faire une agriculture durable qui respecte l’environnement pour assurer un meilleur futur pour les générations à venir.

Parlant des générations futures, comment peut-on ramener les agriculteurs à la terre au constat de tous ces phénomènes d’insécurité et qui génèrent l’exode rural et autres ?

Je regarderai la question dans un autre sens, car si nous attaquons bien le problème à la base, nous n’aurons pas toutes ces conséquences, d’où il faut voir le problème dès l’origine. L’agriculture est l’un des secteurs pourvoyeurs d’emplois et si nos Etats essaient de bien organiser ce secteur, nous n’aurons pas de problème d’exode rural voir d’immigration. Aujourd’hui, nous devons faire beaucoup de la sensibilisation au niveau de la jeunesse car elle est forte et cette année à l’UA le thème est « Investir à la jeunesse pour les dividendes démographiques ». C’est cette jeunesse que nous avons le droit en tant que décideurs de créer et donner les opportunités d’emplois mais avec une agriculture moderne. Vous savez que la jeunesse d’aujourd’hui est exposée à la nouvelle technologie innovante.

Au niveau de l’UA, Avec le programme de CADEP, nous allons essayer de voir ce qui intéresse la jeunesse. Nous avons un pilier qui est « l’agribusiness » et nous voulons vraiment moderniser l’agriculture comme le souhaitent les Chefs d’Etats afin qu’elle soit rentable à notre génération. Avec nos Etats, nous faisons des efforts pour promouvoir des politiques « agribusiness » profitables à la nouvelle génération. Et je pense que si l’on se penche dans le secteur agricole avec des politiques et moyens adéquats nous aurons moins de victimes en méditerranée et moins de pauvreté.

Pour conclure, l’Afrique pourrait-elle se nourrir de ses propres produits issus de son sol venant dans les années à venir, contrairement à ce que nous constatons aujourd’hui avec des produits importés en Afrique ?

Je pense qu’il y a 50% des pays africains qui n’importent plus de nourritures de nos jours. Par exemple l’Ethiopie où se trouve le siège de l’UA, il n’y a pas d’importations car l’agriculture marche et il y a une population de près de 100 millions d’habitants. Nous voulons résoudre les problèmes de conflits mais la base est énorme car nous avons des conflits politiques, sociaux, ethniques, etc. Bref, nous voulons la paix car avec elle nous permet d’avoir les moyens de notre développement. Je reviens sur les problèmes de famine au niveau de la corne de l’Afrique où le Soudan du Sud, la Somalie et l’Ethiopie sont atteints par Nino et la sécheresse, mais l’Ethiopie est le seul pays qui arrive à porter secours dans ses zones affectées par la sècheresse grâce à la paix. Donc, nous plaidons pour la paix et nous avons même créé un « Taxforce » avec la FAO pour le secteur responsable de la sécurité alimentaire. Et nous voulons créer avec la FAO, le Programme de l’alimentation mondiale et l’IFAD, une initiative pour régler les  problèmes de la sécurité alimentaire, l’environnement, la sécheresse et les conflits.

                                                                  Par Seouba Traoré (RFI) et Raoul SIEMENI

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