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Manu Dibango, le plus bel arbre de la forêt camerounaise

Quand un baobab tombe, les arbres aux alentours meurent en silence – sans faire de bruit.

Une chronique de Vincent-Sosthène Fouda

La terre est fragile après un déracinement.

Manu Dibango était le meilleur arbre produit de notre forêt – la forêt camerounaise dense et serrée ,et il a su étendre ses branches et serments aux quatre coins du monde pour nous faire grandir à son ombre.

Manu ne se prenait pas au sérieux, c’était un troubadour – dans son testament qui sera rendu public demain par les héritiers, il dit son amour pour nous « pour le Cameroun pour qui il a crée Saoul Makossa en 1972 »

Manu disait comment à partir de son saxophone en bandoulière comme avec son sac bandjock dans les taxis de Yaoundé, de Douala, de Léopoldville devenue Kinshasa

Manu avait « prêté attention à toute la réalité, cette réalité qui l’a conduit à la recherche de la compréhension de l’autre ».

Le Covid-19 nous l’arrache de la façon la plus insolente pour nous passer un message, celui de la prise de conscience de la fragilité de la vie et de l’éternel question de ses origines, qu’as-tu fait de ton frère?

Quand nous nous engageons, disais-tu, le temps est long pour la jeunesse mais avec le temps nous apprenons à rayer les mentions inutiles.

La mort d’Emmanuel Ndjoké Dibango nous invite à penser le Cameroun de l’après Corona-virus.

Adieu, l’homme grand et beau! Adieu Tonton !

Emmanuel N’Djoké Dibango, dit Manu Dibango figure emblématique de l’afro-jazz est décédé ce mardi 23 mars 2020 des suites du Covid-19 à l’âge de 86 ans dans un hôpital de la région parisienne. L’artiste franco-camerounais est le premier artiste de renommée mondiale à être victime du Coronavirus.

L’auteur du mythique « Soul Makossa » (1972) qui a fait danser la planète entière de Douala à Harlem, incarnait l’universalisme musical. Lui qui incarnait la mondialisation heureuse, aura eu une mort symbolique. Alors qu’il était en pleine tournée marquant ses 60 ans de carrière, Manu Dibango a contracté le virus mortel.

Manu Dibango, était une star planétaire, une des rares venues du continent noir. Né à Douala, au Cameroun le 12 décembre 1933, ce fils unique élevé dans une famille protestante arrive par bateau en France en 1949 alors qu’il a peine 15 ans, envoyé par son père pour faire des études. Dans ses bagages, il y a trois kilos de café qui paieront son premier mois de pension à sa famille d’accueil installée à Saint-Calais (Sarthe)-il le racontera  plus tard dans sa première autobiographie, écrite en collaboration avec Danielle Rouard, Trois kilos de café ( Lieu Commun, 1989).

Les années Lycée à Chartre seront les temps de l’amour, de l’amitié et des passions musicales placées sous le signe du jazz américain qui fait swinguait la France de l’immédiate après-guerre.  Sur des airs de Duke Ellington et de Louis Amnstrong Manu Dibango va s’initier au piano puis au saxophone qui deviendra son instrument fétiche. A la fin de ses études, il s’installe à Bruxelles où la diaspora africaine danse aux rythmes de la rumba congolaise et autres musiques swinguantes des indépendances africaines. C’est d’ailleurs à partir de Bruxelles, où il va rencontrer Coco la femme de sa vie, ainsi que l’immense musicien-compositeur Joseph Kabasélé Tshamala, dit Grand Kalle (1930-1982), que Manu Dibango va trouve son style:  un jazz joyeux qui assume ses racines africaines.

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