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Environnement

Le congrès mondial de la nature s’achève sur un bilan en demi-teinte

Le congrès de l’UICN s’est achevé après une semaine intensive de rencontres autour de la biodiversité. Qu’en ressort-il ? Un satisfecit de l’organisateur et du gouvernement français. Un bilan partagé selon les associations environnementales.

Les attentes des participants au congrès mondial de la nature étaient à la hauteur de l’urgence à agir face à l’effondrement de la biodiversité. Celles-ci ont-elles été satisfaites à l’issue d’une semaine intensives en négociations, conférences et sommets en tous genres tenus dans la cité phocéenne ?

La réponse est positive à en croire l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), organisateur du congrès, et le gouvernement français qui l’a accueilli. L’ONG se félicite dans le « Manifeste de Marseille », document bilan de l’événement, des « contributions substantielles et significatives à la reprise post-pandémie et à la crise biodiversité-climat » auxquelles les membres et partenaires de l’UICN se sont engagés.

De son côté, Bérangère Abba, secrétaire d’État chargée de la biodiversité, a salué un bilan très satisfaisant au micro de Radio France internationale. « L’action de la France est saluée au niveau national, elle est reconnue au niveau international », s’est félicitée la représentante du Gouvernement. Le bilan est en revanche mitigé selon les grandes ONG environnementales.

Avancées positives

« Parfois décrié, ce congrès a permis des avancées positives », juge France Nature Environnement (FNE). Et de citer les éléments qui font peser la balance du bon côté : les motions adoptées, le niveau d’échange entre experts, la participation du public et des ONG, la mobilisation des établissements publics, l’engagement de nouveaux acteurs comme les banques centrales, ou encore la compréhension du lien climat-biodiversité.

De nombreuses motions ont en effet été adoptées par l’assemblée des membres de l’UICN. Des motions qui, si elles ne présentent pas de caractère contraignant pour les États, ont vocation ensuite à être reprises dans les politiques publiques. Ainsi, l’objectif de porter le pourcentage des aires marines protégées à 30 % d’ici 2030 a vu le jour lors du congrès d’Hawaï en 2016, rappelle Pierre Cannet. « Il se retrouve dans le dur maintenant », se félicite le directeur du plaidoyer du WWF France. Une vingtaine de motions ont été votées pendant le congrès et viennent rejoindre les 109 adoptées par vote électronique en octobre 2020. Elles portent sur le cadre mondial pour la biodiversité post-2020, la reconnaissance des droits des peuples autochtones, même si le rôle de l’UICN est contesté par certains en la matière, la réduction des impacts de l’industrie minière, la restauration des forêts primaires, la protection de l’Amazonie ou encore la protection de la santé humaine, animale et environnementale. « Charge désormais aux gouvernements de d’emparer de cette feuille de route d’ici la COP 15 », exhorte Pierre Cannet.

Cruelle désillusion sur la réponse politique

« Mais le niveau de réponse politique à l’extrême urgence de la situation, une fois encore, est loin d’être à la hauteur des enjeux. Ce qui constitue la plus cruelle et la plus impactante des désillusions », déplore FNE.

Si Pierre Cannet salue le rôle de la France « très active dans la discussion des motions », il réclame en revanche la traduction concrète des annonces du président de la République dans le prochain projet de loi de finances et le plan 2030 en cours de préparation. L’abstention de la France sur le vote de la motion en faveur d’un moratoire sur les exploitations minières dans les grands fonds marins a fait tache. Une France « à rebours de l’histoire », fustige Greenpeace.

Côté déception, FNE pointe également des annonces qui ne sont « ni à la hauteur des enjeux ni assorties de moyens ». « La France continue de donner des leçons à tous sur les enjeux de biodiversité et de climat, mais reste largement dans l’incantation », déplore la fédération d’associations de protection de la nature. Les annonces d’Emmanuel Macron, en ouverture de salon, sur une initiative sur les pesticides dans le cadre de la présidence française de l’UE et sur la protection des océans, laissent en effet les ONG dubitatives. La présidence française « risque d’être très affaiblie par la concomitance avec la campagne électorale présidentielle française et les négociations sur la nouvelle PAC », craint FNE.

Quant à la protection forte de 5 % de la Méditerranée d’ici 2027, « il s’agit d’une promesse déjà formulée en 2019 et qui attend d’être concrétisée », cingle la fédération d’associations. « Derrière cette annonce, il faut comprendre qu’il n’est pas prévu d’atteindre 10 % de zones fortement protégées pour chacune des façades maritimes de la France, dont la Méditerranée », analyse Greenpeace qui y voit une régression par rapport à l’objectif réaffirmé par le président en janvier 2021. Quant à l’annonce d’un sommet dédié aux océans, ce « ne doit pas être un sommet de façade de plus, comme les « One Planet Summits » ou le « Global Forests Summit » qui n’a fait que permettre à des entreprises de promouvoir des solutions simplistes ou dangereuses comme la compensation carbone et la plantation d’arbres », tonne Greenpeace.

Mobiliser tous les acteurs

Les grandes entreprises n’étaient pas étrangères non plus au congrès de Marseille, avec la présence remarquée de Nutella parmi les sponsors. « Cinq entreprises multinationales – Kering, Holcim, L’Occitane, LVMH, Pernod Ricard – avec un chiffre d’affaires annuel combiné de 92 milliards de dollars et près de 300 000 employés se sont engagées à restaurer et à améliorer la biodiversité grâce à des stratégies et des actions d’entreprise favorables à la nature », se félicite l’UICN, qui cherche à mobiliser l’ensemble des acteurs.

« Le « succès » économique ne peut plus se faire aux dépens de la nature. Nous avons un besoin urgent d’une réforme systémique, ajoute l’ONG. Pourtant, il y a lieu d’être optimiste. Nous sommes parfaitement capables d’apporter des changements transformateurs et de le faire rapidement ». La preuve ? « Pendant la pandémie mondiale, nous avons changé notre comportement pour protéger notre santé et celle de ceux qui nous entourent ».

www.actu-environnement.com

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