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Conservation

L’insémination artificielle des lions, un danger pour leur conservation

La psychologue britannique Jackie Abell vient de publier une tribune dans laquelle elle met en garde contre les dangers de l’insémination artificielle chez les lions. La chercheuse, qui a étudié les conflits homme-lions au Zimbabwe, voit en cette technique une barrière psychologique contre les efforts de conservations de la faune sauvage. L’inaction face à l’impact néfaste de l’homme sur la faune sauvage est d’autant plus grave, que plus de 90 % des lions ont disparu de leur habitat naturel en Afrique.

 

« Présenter l’insémination artificielle des lions comme une garantie pour la conservation de la faune sauvage pourrait faire plus de mal que de bien » affirme la chercheuse britannique Jackie Abell, dans une tribune scientifique publiée le 26 févier 2021, dans The Conversation, un journal qui propose du contenu provenant de la communauté universitaire. La professeur associée en psychologie à l’université de Coventry en Grande-Bretagne s’est appuyée sur les travaux du psychologue Robert Gifford. Dans une étude publiée en 2008 sur les barrières psychologiques et cognitives, ce dernier présente certaines avancées technologiques comme étant des « dragons de l’inaction » qui entravent le comportement humain en réponse à des défis comme le changement climatique.

Une transposition de cette théorie dans le domaine de la conservation de la faune permet donc à Jackie Abell d’affirmer que l’insémination artificielle des lions pourrait endormir la conscience des acteurs de la conservation concernant le déclin inquiétant de la population de lions. Notamment en Afrique et plus précisément en Zambie et au Zimbabwe, où la chercheuse a étudié six ans durant les conflits homme-lions. Les lions d’Afrique sont en effet confrontés à une grave menace d’extinction.

La population des lions d’Afrique a chuté de 75% en 50 ans

L’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), estime à 75 % la chute de la population des lions d’Afrique au cours des cinquante dernières années. Ces grands félins sont ainsi passés de 100 000 à effectif compris entre 20 000 et 25 000 individus. Selon la même source, la sous-population qui vit en Afrique de l’Ouest est particulièrement en danger.

Le lion d’Afrique de l’Ouest est considéré comme étant en « danger critique d’extinction », soit le dernier stade avant la disparition à l’état sauvage. Selon l’UICN, ces derniers sont passés de 980 en 1993, à un effectif de 400 individus en 2015.

Victor et Isabel, deux bébés lions nés par insémination artificielle en Afrique du Sud

Jackie Abell relève que le déclin de la population des lions d’Afrique est causé par les dérives de l’homme, notamment l’envahissement de l’habitat des animaux sauvages, la diminution de leurs proies en raison de la concurrence accrue pour l’espace et la nourriture avec les humains, la désertification, les maladies et la chasse. « Des problèmes dont la résolution passe nécessairement par un changement de comportement humain, et non par la magie de la technologie » confit-elle.

Cette mise en garde de Jackie Abell est consécutive aux espoirs ayant entouré les naissances de Victor et Isabel, les deux premiers lionceaux conçus par insémination artificielle. L’évènement produit en septembre 2018 à l’Ukutula Conservation Center en Afrique du Sud avait fait l’objet d’une grande campagne médiatique, tout comme la deuxième naissance du genre, celle de Simba, survenue en octobre 2020 à Singapour. Mais malheureusement, Mufasa, le père de Simba n’avait pas survécu à la procédure d’électroéjaculation nécessaire pour extraire son sperme.

Depuis la naissance de Victor et de celle d’Isabel des voix s’élèvent contre l’insémination artificielle des lions. La présidente du fonds mondial pour la nature (WWF)-France s’en était d’ailleurs offusquée, martelant que les lions n’avaient pas besoin de l’intervention humaine pour se reproduire. « Je ne sais pas combien a coûté cette plaisanterie, mais au lieu de jouer aux apprentis sorciers, il vaudrait mieux investir dans la lutte contre le braconnage », regrette Isabelle Autissier. Pour elle, les lionceaux nés à la suite d’insémination artificielle ne pourront jamais être réintroduits dans la nature, ils ne resteront que dans les zoos.

La réintroduction des lions à l’état sauvage est pourtant de plus en plus prisée par les conservateurs. La plus grosse opération du genre a eu lieu en 2018 dans le delta du Mozambique. Les spécimens, à savoir 24 lions ont été transportés par avion en provenance de plusieurs aires protégées d’Afrique du Sud. Quelques mois après cette opération, trois lionnes ont donné naissance à 6 lionceaux. Avec cette réintroduction, les responsables de la réserve de Marromeu au sud du Mozambique se sont donnés 15 ans pour porter à 500, le nombre de lions vivant dans leur réserve, étendue sur 8000 kilomètres carrés.

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