
Un tournant historique s’est opéré dans la capitale congolaise, Brazzaville, lors de la clôture du projet RESSAC, financé par l’Union européenne. Chercheurs, décideurs et représentants des peuples autochtones se sont réunis, le 14 avril 2026, pour valider une évidence trop longtemps ignorée.
La survie des forêts du Bassin du Congo dépendra de l’intégration des savoirs ancestraux dans les politiques publiques.
En finir avec le modèle « Top-Down »
Menée d’avril 2024 à mars 2026 dans les départements de la Likouala et de la Sangha, l’étude coordonnée par un consortium international (INRSSH, CIRAD, IRD, CIB) remet en cause la gestion forestière traditionnelle. Jusqu’ici, les décisions étaient prises dans des bureaux climatisés, loin des réalités du terrain.
Pour le Dr Abdon Owana, chercheur au CIFOR-ICRAF, la rupture est nécessaire : « Nous passons souvent à côté de la plaque car nous ignorons les besoins réels du terrain. Il faut co-construire des solutions avec ceux qui y vivent. »
La « Science » du terrain : une précision chirurgicale
L’immersion prolongée de l’ethno-anthropologue Jean-Pierre Nguede Ngono auprès des communautés de Mbandza–Yékola et Bomassa a révélé l’étendue d’un savoir unique :
- la Capacité à prédire les cycles climatiques et l’évolution de la faune par l’observation des arbres
- une maîtrise de la pharmacopée vitale, d’autant plus que les populations subissent encore une forte stigmatisation dans les structures hospitalières modernes.
- une connaissance parfaite des cycles de reproduction pour la pêche et la récolte de produits comme le poivre noir ou le miel.

« La connaissance, c’est eux qui la détiennent. Nous devons apprendre d’eux », affirme sans détour le Dr Nguede Ngono.
Le cri d’alarme : un « ethnocide culturel » en marche
Malgré cette expertise, le constat est amer. La création d’aires protégées et de concessions forestières, bien que partant d’une intention de conservation, a souvent conduit à l’expulsion des populations autochtones de leurs terres ancestrales.
Laurence Boutinot, anthropologue au CIRAD, souligne un danger majeur : l’interruption de la transmission. « Les connaissances s’apprennent en forêt. Si l’accès est interdit, les jeunes ne peuvent plus apprendre des aînés. » Cette exclusion nourrit le désœuvrement et fragilise l’identité même de ces peuples.
Des solutions audacieuses pour l’avenir
Pour sortir de l’impasse, le projet RESSAC propose des pistes concrètes pour une véritable « diplomatie écologique » :
- Rétablir des droits rituels en suggérant une chasse à l’éléphant strictement contrôlée et rituelle pour restaurer les piliers sociaux et impliquer les populations dans la lutte contre le grand braconnage.
- Réforme de la gouvernance en intégrant des cadres autochtones au sein des directions ministérielles pour mettre fin à une gestion exclusivement assurée par les populations bantoues.
- Protection juridique en faisant mieux connaître la loi sur les droits des peuples autochtones pour éviter les exactions ou les saisies d’armes par les éco-gardes lors de chasses de subsistance.

Un changement de paradigme
Pour la première fois à Brazzaville, les populations autochtones ont pu témoigner directement devant les autorités. L’objectif final est de transformer cette recherche en actes ; passer d’une conservation « sanctuaire » à une gestion humaine où l’environnement et l’homme disposent des mêmes droits.
Wilfrid Lawilla DIANKABAKANA






