
Au terme de douze (12) mois de recherches intensives sur les Plateaux Batéké, les conclusions du projet RESSAC (Recherche sur les Écosystèmes de l’Afrique Centrale) marquent une rupture historique avec les pratiques de culture sur brûlis.
Le Dr Yves Kwibuka, chercheur post-doctorant à l’Université de Liège et coordinateur scientifique du projet, livre un plaidoyer scientifique et économique en faveur d’un modèle qui multiplie par neuf la rentabilité pour les populations locales.
La science au secours de la fertilité
Le défi initial était de taille : comment restaurer la fertilité des sols des Plateaux Batéké tout en augmentant la productivité ? Historiquement, l’introduction des acacias avait soulevé des inquiétudes quant à l’épuisement des nutriments.

L’équipe du Dr Kwibuka a apporté des réponses concrètes. En testant l’apport de biochar (charbon végétal) et en calibrant précisément les densités de plantation, les chercheurs ont prouvé que la cohabitation entre arbres et cultures n’est pas seulement possible, elle est hautement performante.
« Les acacias ont répondu très positivement au biochar, mais même sans cet ajout, le système agroforestier Acacia-Manioc s’avère économiquement très intéressant dès lors que l’on respecte l’itinéraire technique », explique le Dr Kwibuka.
Le match des rendements : La fin du mythe du brûlis

La question du rendement reste le nerf de la guerre pour les agriculteurs. Si le système traditionnel de brûlis sur savane permet d’atteindre 12 tonnes de manioc par hectare grâce à une forte densité (10 000 plants/ha), ce succès est éphémère. Dès la saison suivante, la fertilité s’effondre.
À l’inverse, le modèle agroforestier propose une approche durable :
- Densité réduite : Environ 3 800 plants par hectare (pour laisser la place aux arbres).
- Rendement compétitif : Entre 9 et 12 tonnes par hectare, soit un volume quasi identique au traditionnel malgré 70% de plants en moins.
- Variété championne : Le projet recommande vivement l’utilisation de la variété locale « Adèle », particulièrement résiliente dans ce système.
Un bénéfice multiplié par neuf
Le véritable choc vient de l’analyse financière globale. Là où le système traditionnel ne produit que du manioc, l’agroforesterie crée une économie circulaire et diversifiée.
« Le système traditionnel ne peut pas rivaliser. Lorsqu’on additionne les revenus du manioc, la vente du bois d’acacia, la production de miel et l’accès potentiel aux crédits carbone, le bénéfice est neuf fois plus élevé qu’avec le manioc sur brûlis », affirme le coordinateur du projet.
Vers un nouveau modèle de partenariat
Le succès du projet repose également sur une synergie entre le monde académique et le secteur privé, notamment via la société de plantation forestière (SPF2B) qui subsidie certains coûts d’entrée pour les paysans. Cette structuration de la chaîne de valeur permet de sécuriser les revenus des populations locales tout en luttant contre la déforestation.
Pour le Dr Yves Kwibuka, le message aux décideurs et aux agriculteurs est désormais sans équivoque : « Le choix est clair : plantez le manioc en système agroforestier. C’est plus rentable, c’est durable, et il n’y a pas photo. »
Wilfrid Lawilla DIANKABAKANA






